C’est avec une grande tristesse que notre association Les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation a dû, incrédule, apprendre que notre ami et président honoraire, André Lassague nous avait quittés. Il était encore avec nous en visioconférence le 21 mars dernier pour notre Conseil d’administration où, comme toujours, ses interventions pertinentes ponctuaient nos échanges.
La barbarie nazie avait doublement frappé André quand il naquit en mars 1943.
Déjà par l’occupation du territoire et sa politique de répression et de persécution, et par sa mise en œuvre le touchant directement avec l’arrestation de son père à Hendaye en octobre 1942. André a donc dû grandir avec une ombre de père, pas un souvenir, ne l’ayant pas connu, mais dont, orphelin, il a été marqué à vie et qui a décidé de ses engagements.
Il n’est pas possible de rendre hommage à André sans rendre hommage à Noël, son père résistant : après son arrestation en octobre 1942, Noël est emmené à Compiègne-Royallieu début janvier 1943, d’où il part le 24 pour Sachsenhausen, près de Berlin, matricule 58 503 et est affecté au Kommando Heinkel, il y décèdera le 27 mars 1944 à 28 ans.
André a deux ans au sortir de la guerre, le travail d’aide-soignante de sa mère ne suffit pas à nourrir la famille. Jusqu’à l’âge de sept ans, André est placé dans une ferme au Pays basque.
Sa mère trouve un emploi à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris mais ses horaires ne lui permettent pas de garder André avec elle. Durant quatre ans il vit en pension à Montlhéry dans l’Essonne. Puis, à onze ans, en 1954, il est hébergé par René Fayat, un ancien déporté à Sachsenhausen, matricule 66018. René se mariera quatre ans plus tard, André, reconnu pupille de la Nation, connaîtra alors une vie de famille qu’il n’avait jamais connue.
Entré dans l’Histoire par une absence, celle d’un père mort en déportation, André cherchera la force d’une présence en militant pour la mémoire de son père bien sûr, mais au-delà, pour que, comme le chanta Jean Ferrat dans Nuit et brouillard, le monde sache qui vous étiez, vous les anciens déportés.
Il rejoindra très vite l’amicale de Sachsenhausen.
Il a été président de la section locale de la FNDIRP d’Anthony, jusqu’en 2013,
Il eut en charge les anciens combattants et victimes de guerre pour le conflit 1939-1945 au conseil départemental des Hauts-de-Seine
Toujours disponible et bienveillant, il servait de chauffeur à Marie José Chombart de Lauwe, présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et à Roger Bordage, un de ses dirigeants historiques, sans compter son temps et les kilomètres.
André fut présent lors de l'assemblée de création de l'association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation en 1996, il en fut un membre éminent occupant très vite des responsabilités au sein de son Conseil d'administration et son Bureau national en tant que secrétaire national et, un peu plus tard, vice-président.
Il y a quelques années, conscient de la nécessité de passer le flambeau de la mémoire aux générations suivantes et de renouveler les instances dirigeantes de l'association, il s'était désisté de sa candidature au Conseil d'administration.
André était un sage et ses conseils, toujours chaleureux et teintés d’humour, nous départageaient quand nos discussions s'éternisaient...
Au regard de sa connaissance de l'association et de son histoire, ne pouvant nous priver de son apport et de sa personnalité chaleureuse, toujours à l'écoute des autres, l'association décida de poursuivre son chemin en sa compagnie en le nommant Président honoraire.
André nous manquera, il manquera à l'association et au travail de Mémoire auquel il a voué sa vie.
Alors que Les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation fêtent leurs trente ans d'existence, ils perdent une référence morale.
André, mon ami, notre ami, nous n'oublierons pas ce que nous te devons et nous poursuivrons dans le sillon que tu as a contribué à creuser pour que vivent, au présent et pour l’avenir, le souvenir de toutes les victimes de la barbarie nazie ainsi que la leçon d’Histoire et de morale citoyenne que porte leur martyre.
Repose en paix André !