Le matricule désigne le numéro d'identification attribué par l'administration nazie aux prisonniers envoyés dans les camps.

 

Le matricule n'était pas le seul élément de l’identification du Déporté. Il était associé à un  triangle  ou d’ étoiles de couleurs. Une lettre au centre du triangle indique la nationalité.Dans les camps de concentration (Dachau, Buchenwald, Mauthausen, Ravensbrück, etc.), le matricule  était imprimé sur une bande de tissu blanc ou de toile cousue sur l'uniforme du prisonnier à deux endroits, sur la veste en dessous du triangle  indiquant la catégorie de détenu (politique, juif, homosexuel, etc.) et sa nationalité et sur le pantalon: Cousu sur le haut de la cuisse droite .

tableau de marquage

 

Le complexe d'Auschwitz-Birkenau est le seul à avoir pratiqué le tatouage systématique sur  le bras gauche des déportés.

bras tatoué des 45 000

En remplaçant les noms par des chiffres, le système concentrationnaire cherche à détruire la dignité et la personnalité juridique de l'individu. Les prisonniers doivent apprendre leur matricule en allemand et y répondre immédiatement sous peine de punitions, voire de mort.

Ce numéro sert à la bureaucratie nazie pour enregistrer les entrées, les transferts et les décès. Cela permet ainsi une gestion du travail forcé et la planification des kommandos au sein du système des camps. L'individu n'existe plus pour le monde extérieur, il devient une simple unité comptable ou une "pièce" (Stück), terme pour les SS.

À partir de 1942 et l'essor du travail forcé pour les industries de l'armement (via les Kommandos), la gestion de ces millions de matricules a été rationalisée.  L'administration SS a utilisé à cette fin des machines à cartes perforées de la société allemande Dehomag (filiale de l'américain IBM).

 

 

 témoignage,

Si c’est un homme, Primo lévi :

"Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte la démolition d’un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond. Il est impossible d’aller plus bas il n’existe pas, il n’est pas possible de concevoir condition humaine plus misérable que la nôtre. Plus rien ne nous appartient : ils nous ont pris nos vêtements, nos chaussures, et même nos cheveux ; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s’ils nous écoutaient, ils ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu’à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste.

Nous savons, en disant cela, que nous serons difficilement compris, et il est bon qu’il en soit ainsi. Mais que chacun considère en soi-­‐même toute la valeur, toute la signification qui s’attache à la plus anodine de nos habitudes quotidiennes, aux mille petites choses qui nous appartiennent et que même le plus humble des mendiants possède : un mouchoir, une vieille lettre, la photographie d’un être cher. Ces choses-­‐là font partie de nous presque autant que les membres de notre corps, et il n’est pas concevable en ce monde d’en être privé, qu’aussitôt nous ne trouvions à les remplacer par d’autres objets, d’autres parties de nous-­‐mêmes qui veillent sur nos souvenirs et les font revivre.

Qu’on imagine maintenant un homme privé non seulement des êtres qu’il aime, mais de sa maison, de ses habitudes, de ses vêtements, de tout enfin, littéralement de tout ce qu’il possède : ce sera un homme vide, réduit à la souffrance et au besoin, dénué de tout discernement, oublieux de toute dignité : car il n’est pas rare, quand on a tout perdu, de se perdre soi-même ; ce sera un homme dont on pourra décider de la vie ou de la mort le coeur léger, sans aucune considération d’ordre humain, si ce n’est, tout au plus, le critère d’utilité. On comprendra alors le double sens du terme « camp d’extermination » et ce que nous entendons par l’expression « toucher le fond ».

Häftling : j’ai appris que je suis un Häftling. Mon nom est 174517 ; nous avons été baptisés et aussi longtemps que nous vivrons nous porterons cette marque tatouée sur le bras gauche.

L’opération a été assez peu douloureuse et extrêmement rapide : on nous a fait mettre en rang par ordre alphabétique, puis on nous a fait défiler un par un devant un habile fonctionnaire muni d’une sorte de poinçon à aiguille courte. Il semble bien que ce soit là une véritable initiation : ce n’est qu’« en montrant le numéro » qu’on a droit au pain et à la soupe. Il nous a fallu bien des jours et bon nombre de gifles et de coups de poing pour nous habituer à montrer rapidement notre numéro afin de ne pas ralentir les opérations de distribution des vivres ; il nous a fallu des semaines et des mois pour en reconnaître le son en allemand. Et pendant plusieurs jours, lorsqu’un vieux réflexe me pousse à regarder l’heure à mon poignet, une ironique substitution m’y fait trouver mon nouveau nom, ce numéro gravé sous la peau en signes bleuâtres."

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