Le mot vient du vénitien getto (qui désignait une fonderie de cuivre).
Vers 1516, le Conseil des Dix de Venise y ordonne l'installation forcée de la communauté juive dans un îlot clos et gardé.
En Europe centrale et orientale , ce concept s'étend à de nombreux quartiers pour les populations juives.
Entre 1939 et 1945, le régime nazi et ses alliés mettent en place plus de 1 300 ghettos en Europe (notamment à Varsovie, Łódź ou Cracovie) pour enfermer, affamer et isoler les populations juives avant leur déportation vers les centres de mise à mort.
Le tout premier ghetto de la Seconde Guerre mondiale est instauré à Piotrków Trybunalski en octobre 1939.
Du jour au lendemain, les familles juives reçoivent l'ordre de quitter leurs logements.Les habitants ne sont autorisés à emporter que quelques effets personnels transportés à la hâte dans des charrettes ou des valises.Le reste de leurs propriétés est immédiatement pillé ou confisqué.
Dawid Sierakowiak 15 ans en 1939(Ghetto de Łódź)
6 septembre 1939 :
« À la maison, l’atmosphère est terrible. On emballe des choses à la hâte, on ne sait pas quoi emporter, quoi laisser. Tout le monde est terrifié. Les rumeurs courent sur l'avancée des Allemands. L'électricité a été coupée. Nous attendons dans le noir total. »
Le surpeuplement est la norme entre 5 et 7 personnes vivent par pièce. Plusieurs familles cohabitent dans un seul appartement. L'électricité, l'eau courante, les sanitaires de base sont insuffisants voir inexistant. L'hygiène dans ces conditions est impossible, dès les premiers mois, la prolifération des parasites (poux, puces, rats...) favorise les maladies contagieuses.
La famine est organisée. Les rations sont dérisoires et installe une dénutrition rapide.
Dawid Sierakowiak 15 ans en 1939(Ghetto de Łódź)
22 mai 1941 :
« Dans ma chambre, le silence de la faim. On ne parle plus que de nourriture, de pain, de soupe. Ma mère a essayé de faire une sorte de galette avec des épluchures de pommes de terre récupérées. C'est amer, presque immangeable, mais nous l'avons dévorée. La faim brise toute dignité. »
Les hommes valides sont raflés quotidiennement dans les rues pour effectuer entre autres des travaux de terrassement.
Les nazis forcent la mise en place d'un « Conseil juif » dans chaque ghetto. Ce "Conseil" répercute et exécute les ordres de l'occupant.
Adam Czerniaków (Président du Judenrat de Varsovie)
22 juillet 1942 (Dernière note avant son suicide) :
« On exige de moi que je signe l’ordre de déportation des enfants. Il ne me reste plus qu’à mourir. »
Au XXe siècle,aux États-Unis, le terme désigne des espaces de regroupement communautaire pour les vagues d'immigrants ou les populations afro-américaines confrontées à la ségrégation résidentielle.
Aujourd'hui encore, le mot est souvent employé pour désigner des quartiers populaires en périphérie de grandes villes. Cet usage, est réducteur et stigmatisant pour les populations qui y vivent.
Ce sont les politiques publiques d'exclusion qui enferment les habitants dans un espace spécifique.