Le 4 mai 1944, le jour de son 15e anniversaire, Maurice Cling est arrêté pendant sa classe à Paris, à l’Ecole Lavoisier. Il est le fils de Simone et de Jacques qui est un immigré de longue date, d'origine roumaine, naturalisé français, ancien combattant volontaire de la Grande Guerre, plusieurs fois décoré. Il a aussi un frère Willy, à peine âgé de 17 ans. Toute la famille est internée à Drancy puis déportée le 20 mai 1944 à Auschwitz. 

Maurice a été élevé dans le « cocon » familial, particulièrement protégé et choyé par sa mère. L’Occupation et les lois antisémites obligent son père à abandonner son magasin de tailleur-fourreur pour travailler « illégalement » à domicile, et toute la famille doit porter l’étoile jaune à partir de mai 1942, mais Maurice n’en souffre pas vraiment. C’est encore un enfant, dont l’univers se limite à sa famille, sa scolarité, ses camarades, ses professeurs, et ses activités d’éclaireur israélite qui lui tiennent tant à cœur.
C’est dire que Maurice est vraiment d’une naïveté totale, quand il débarque à Auschwitz. Le choc est d’autant plus brutal. Dès l’arrivée sur la rampe, c’est la sélection, la séparation définitive d’avec sa mère d’abord, puis d’avec son père, envoyés immédiatement (ce qu’il n’apprend qu’un peu plus tard) à la chambre à gaz. Resté avec Willy, il part avec une colonne d’une centaine d’hommes et jeunes garçons pour le camp d’Auschwitz I.

Là, isolés du reste du camp, dans un Block, ils subissent le dressage brutal de la quarantaine et la découverte du fonctionnement d’une planète incompréhensible. Puis c’est le travail : Kommando de terrassement, Kommando du bois, brouette à rouler, pelle à manier, bûches à fendre, coups, ampoules, épuisement ... Enfin une amélioration : travail au « Canada », le Kommando de récupération des effets volés aux Juifs qui permet d’« organiser », c’est-à-dire de « chaparder » de quoi survivre. Mais cela n’a qu’un temps et ce sont d’autres Kommandos : celui du charbon, de nouveau la terrasse, ensuite celui des ordures. Dans ce Kommando, perdu au milieu des champs de choux, d’énormes tas de terre, de fumier, de chaux, de boites de conserve, on brûle, on transporte, on crible les déchets, mais on récupère aussi quelques choux ou un peu de confiture. Maurice y rencontre aussi à proximité son futur « ange gardien », Eva, une déportée française qui travaille pour le laboratoire de Rajsko et semble jouir d’une relative autonomie et d’une autorité certaine auprès des Kapos eux-mêmes.
Au bout de quatre mois à Auschwitz, son frère aîné, Willy, son soutien, son alter ego, est victime d’une sélection à l’intérieur du camp. Et Maurice se retrouve tout seul, anéanti. C’est le moment où il touche le fond, en étant affecté au pire des Kommandos, au sein du Kommando des ordures : le Kommando de la « merde » ! [1] C’est l’abjection : rejeté de tous, empuanti, abandonné.

A partir de janvier 1945, Maurice Cling fait partie des marches de la mort. Bientôt il n’en peut plus et est sur le point de se laisser tomber dans la neige quand un déporté belge inconnu le ramène dans les rangs et lui redonne la force de continuer. Après que l’évacuation se fasse en wagons de marchandises découverts, Maurice arrive au camp de Dachau, à demi inconscient. 

Il croupit dans un Block sans rien faire, affamé. Le régime est moins dur qu’à Auschwitz. Le 19 avril arrive une nouvelle évacuation en train de voyageurs d’abord, puis à pied vers les Alpes.  Puis, le camp de Mittenwald  est libéré par les Américéins. Maurice Cling pèse alors au maximum 28 Kg et retrouve ses grands-parents, sa tante et son cousin qui n’ont pas été déportés.

Par la suite, Maurice a eu quatre fils, il est devenu professeur d’anglais et universitaire, spécialiste de linguistique.

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