Message pour les lauréats du CNRD
Remise des prix du CNRD 2026
Thème : "La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi : survivre,
témoigner, juger (1944-1948)"
Intervention Jean-Paul Boré, président de l’AFMD délégation du Gard
Monsieur le préfet,
Monsieur le Directeur Académique
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les présidents d’associations
Mesdames et messieurs en vos grades et qualités
Chers enseignants,
Chers élèves lauréats,
Je voudrais tout d’abord adresser mes plus sincères félicitations aux élèves des collèges et
lycées gardois qui ont participé à cette édition 2025-2026. Votre travail, votre curiosité, votre
rigueur et votre engagement méritent d’être salués. Vous avez consacré du temps et de
l’énergie à comprendre une période parmi les plus tragiques de l’histoire humaine, en vous
confrontant à des questions difficiles mais essentielles.
Je souhaite également remercier chaleureusement les enseignants qui vous ont
accompagnés. Ce concours est exigeant. Il demande un investissement considérable, bien au-
delà des programmes scolaires. Grâce à leur engagement, ils transmettent non seulement des
connaissances historiques, mais aussi les valeurs qui fondent notre vie démocratique.
Je veux enfin rendre hommage à celles et ceux qui, dans notre département, font vivre
cette belle aventure de mémoire et de citoyenneté : l’association Objectif CNRD, ainsi que
toute l’équipe réunie autour de Marie-Laure Meger et Geneviève Coget.
Le thème de cette session nous invite à réfléchir à ce qui s’est passé après la libération des
camps. La victoire militaire n’a pas effacé les souffrances. Les survivants ont dû retrouver une place
dans un monde bouleversé. Ils ont dû raconter ce qu’ils avaient vécu, souvent face à l’incrédulité
ou au silence. Ils ont dû témoigner pour les disparus. Ils ont dû aussi voir la justice tenter, à travers
les procès, de répondre à des crimes qui semblaient dépasser l’entendement humain.
Parmi ces témoins, le pasteur Aimé Bonifas occupe une place particulière dans la mémoire
gardoise. Résistant, déporté, il a consacré sa vie à transmettre ce qu’il avait vu et compris de
l’expérience concentrationnaire. Le livre La lumière derrière les barbelés, qui sera remis aux
lauréats, nous permet aujourd’hui encore d’entendre sa voix.
Le titre lui-même est porteur d’un message profond. Derrière les barbelés, il y avait bien
sûr la souffrance, l’humiliation, la faim, la violence et la mort. Mais Aimé Bonifas a voulu
montrer qu’il existait aussi une lumière : celle de la Résistance à la barbarie, à la solidarité
entre déportés, celle de la fraternité qui résiste à la barbarie, celle de l’espérance qui permet
à des êtres humains de rester debout quand tout est fait pour les détruire.
Témoigner n’était pas pour lui un simple devoir de mémoire. C’était un acte de vigilance et
de responsabilité. Il savait que les crimes du nazisme avaient été précédés par des années de
propagande, de haine, de stigmatisation et de discrimination. Il savait que les sociétés ne
basculent jamais d’un seul coup dans la barbarie. Elles y glissent progressivement lorsque les
préjugés deviennent acceptables, lorsque l’exclusion devient banale, lorsque l’on cesse de
considérer certains êtres humains comme pleinement égaux aux autres.
